Mon enfant DYS est un bambou chinois : comment ‘composter’ les conseils non sollicités
Imaginez : « Vous plantez un bambou chinois dans votre jardin. Une plante fascinante, qui passe des années à développer ses racines sous terre avant de percer d’un coup, comme une révélation. Un matin, une voisine bien intentionnée s’arrête devant votre clôture et vous lance, souriante : « Tu devrais l’arroser comme mon hibiscus, deux fois par jour ! Moi, il me fait des fleurs magnifiques ! » Vous souriez, remerciez et attendez qu’elle s’éloigne pour murmurer à votre bambou : « Ne t’inquiète pas, je sais que tu n’es pas un hibiscus. ».
Vous savez quoi ? Ce n’est pas de la fiction ! Remplacez le bambou chinois par votre enfant DYS et l’hibiscus par la fille ou le neveu de la voisine.
Aujourd’hui, je vous parle de ce qui grignote ma patience en tant que maman d’enfant DYS : les conseils et réflexions de ceux qui ne connaissent ni le terrain, ni la plante. Ces « jardiniers du dimanche » qui, sans mauvaise intention, arrosent mes bambous comme des hibiscus et s’étonnent ensuite que ça ne pousse pas.
Cet article participe à l’événement interblogueurs « Ce qui me vide le plus en tant que maman (et comment m’en libérer) » organisé par Ana, du site Origami Mama. Si vous ne la connaissez pas encore, elle est coach de vie et accompagne les mamans à sortir de l’épuisement maternel. J’ai trouvé cet article sur la charge mentale et celui-ci sur le minimalisme particulièrement inspirants !
1. Quand l’expert autoproclamé s’invite dans votre jardin
Ils sont partout. Dans la famille, parmi les amis, à l’école, et même parfois dans les files d’attente de la boulangerie. Ce sont les experts autoproclamés de la parentalité, armés de certitudes et de solutions miracles qu’ils distribuent comme des graines de mauvaise qualité.
- « Il suffit de lui parler plus fermement ! » (pour un enfant TDAH dont le cerveau est déjà en surchauffe).
- « Moi, ma fille lisait à 4 ans avec cette méthode… » (pour un enfant dyslexique qui mène un combat héroïque contre chaque syllabe).
- « Tu le couves trop, il doit apprendre l’autonomie ! » (pour un enfant dyspraxique qui lutte avec ses lacets comme s’il escaladait l’Everest).

Chaque conseil finit dans mon Carnet mental des solutions inapplicables. Le problème ? Ils tentent d’appliquer un manuel de culture de géraniums à une plante qui suit les lois de la jungle.
Découvre ou redécouvre l’article : “Si la dyslexie était une plante, elle serait un bambou chinois”
2. Le poids des mots : quand la bienveillance devient un fardeau
On pourrait croire qu’un conseil, c’est léger. Que ce ne sont que quelques mots jetés par-dessus la clôture pour « aider ». Mais pour une maman d’enfant DYS, chaque remarque non sollicitée agit comme un parasite qui vient pomper notre sève. Ce n’est pas la méchanceté qui nous épuise — elle est d’ailleurs rarement là — c’est cette bienveillance maladroite qui, goutte après goutte, finit par faire déborder notre vase de patience et de fatigue. Voici pourquoi ces « petites phrases » pèsent, en réalité, plusieurs tonnes.
La charge mentale en plus
Chaque conseil non sollicité, c’est comme une pelletée de terre supplémentaire sur mon dos. « As-tu essayé de… ? », « Moi, à ta place, je… », « Tu devrais vraiment… » : autant de phrases qui s’accumulent dans ma tête, comme une to-do list invisible. « Tu n’as qu’à » devient rapidement « Tu n’es pas à la hauteur ».
L’épuisement émotionnel
Expliquer pour la énième fois pourquoi mon enfant ne peut pas « se concentrer s’il le veut vraiment », ou pourquoi il ne « fait pas exprès », c’est épuisant. C’est comme devoir justifier sans cesse que mon bambou chinois a besoin d’un autre type de terre, d’un autre rythme, d’une autre lumière.
Ce qui épuise le plus, c’est aussi ce masque de politesse que l’on s’oblige à porter. On sourit, on hoche la tête, on retient ses larmes ou son agacement alors qu’on a juste envie de fermer la porte. Cette « contention » émotionnelle est un gouffre énergétique : rester diplomate quand on piétine votre réalité de parent, c’est comme essayer de maintenir un barrage avec ses mains.
La culpabilisation en prime
Sous ces conseils se cache souvent un sous-entendu : « Si ton enfant ne réussit pas, c’est que tu ne fais pas assez d’efforts. » Comme si je n’avais pas déjà tout essayé. Comme si je ne passais pas mes nuits à chercher des solutions, à lire des livres, à adapter chaque jour ma façon de faire.
Je t’invite aussi à lire l’article “Non, ce n’est pas de votre faute : démystifier la culpabilité des mères d’enfants DYS”
Le vrai problème de ces conseils, c’est le miroir déformant qu’ils nous tendent. Ces « jardiniers » ne voient en mon enfant qu’un problème à résoudre, une plante défectueuse qui ne rentre pas dans les cases. Alors que moi, je me bats chaque jour pour voir sa lumière, ses efforts et ses talents, leurs remarques me ramènent sans cesse à ses « manques ». C’est ce décalage de regard qui finit par nous user.
3. L’art du compostage : transformer les mauvaises herbes en engrais
Alors, on fait quoi de ces pelletées de terre indésirables ? On peut les laisser nous étouffer, ou on peut décider d’en faire quelque chose d’utile. Puisque ces conseils arrivent de toute façon dans mon jardin, j’ai décidé de construire un composteur mental. L’idée est simple : trier ce qui entre, laisser pourrir l’inutile et transformer le reste en énergie pour avancer. Voici mes trois outils de jardinière pour ne plus subir, mais recycler.
J’ai installé un filtre bienveillant
Aujourd’hui, j’ai un composteur mental. Certains conseils y pourrissent tranquillement, d’autres deviennent de l’engrais pour mon humour. Ce filtre n’est pas là pour être polie envers l’autre, mais pour être bienveillante envers moi-même : je choisis ce qui a le droit de franchir ma clôture. « Merci, je vais en parler à son orthophoniste ! » est devenue ma phrase fétiche. Polie, neutre, et surtout : sans engagement.
J’ai mes réponses toutes faites
- « Ah, intéressant ! Je vais noter ça. » (sous-entendu : dans la poubelle).
- « Merci, je vais voir avec les professionnels qui le suivent. » (délégation, toujours efficace).
- « Tu sais, chaque enfant est différent, mais c’est gentil de partager ! » (un sourire + changement de sujet).
J’éduque… quand j’en ai l’énergie
Parfois, je partage un article, une infographie, ou un témoignage sur les DYS. Pas pour convaincre, mais pour planter une graine. Je pose l’info, mais je ne m’épuise plus à l’arroser : si elle prend racine chez l’autre, tant mieux. Sinon, c’est OK.
Note de jardinière – Rappelez-vous que le compost prend du temps. Transformer une remarque blessante en engrais (humour ou force) ne se fait pas en une seconde, et c’est normal.
4. Cultiver mon propre jardin : ce qui fait pousser ma résilience
Une fois le tri fait, le silence revient dans le jardin. C’est là, loin du bruit des « y’a qu’à », que je peux enfin me concentrer sur l’essentiel : la plante unique que j’ai la chance de voir grandir. Pour tenir sur la durée et ne pas s’épuiser, arroser son enfant ne suffit pas. Il faut aussi savoir nourrir sa propre réserve de patience et de bienveillance. Voici ce qui, chaque jour, remplit mon réservoir et me rappelle pourquoi mon bambou est extraordinaire.
Mon bambou chinois et moi
Mon fils est un bambou chinois. Il a son propre rythme, ses propres besoins, sa propre façon de grandir. Et un jour, il va percer. En attendant, je l’arrose à ma manière : avec de la patience, de l’adaptation, et beaucoup d’amour. Je n’écoute plus la voisine, je regarde la vie qui s’installe, patiemment.

Mes outils de « jardinière pro »
- Je me forme : Livres, MOOC, podcasts sur les DYS. On ne naît pas en sachant tout sur la neurodiversité, on l’apprend.
- Je crée du contenu : Mon blog, mes formations, mes posts. Écrire pour vous, c’est ma façon de transformer mon expérience en engrais collectif.
- Je célèbre les petites victoires : « Aujourd’hui, il a fait ses lacets tout seul ! ». Ces moments sont invisibles pour les passants, mais ce sont mes fleurs d’hibiscus à moi.
Le saviez-vous ? L’imagerie cérébrale montre que le cerveau d’un enfant dyslexique présente une sous-activation des zones habituelles de la lecture. Pour compenser, il crée de nouveaux circuits (plasticité cérébrale). C’est une manière différente de traiter l’information. (Source : Expertise collective INSERM, 2019/2020)
L’auto-compassion
J’ai arrêté de vouloir être la jardinière parfaite. Je suis une jardinière en apprentissage, qui fait parfois des erreurs d’arrosage, et c’est déjà très bien comme ça.
Conclusion : Cultiver la confiance, un bourgeon après l’autre
Les conseils non sollicités sont comme les mauvaises herbes : ils poussent partout, sans qu’on les invite, mais ils ne définissent pas la beauté de votre jardin. Alors oui, parfois, cette invasion m’épuise encore. Mais aujourd’hui, j’ai mon composteur, mes outils de pro, et surtout, j’ai appris à faire confiance à mon bambou.
« Parce qu’au fond, même les bambous chinois finissent par percer…
et c’est magnifique. » 🌱
Quelle est la pire « perle » ou le conseil le plus absurde qu’un jardinier du dimanche vous ait jamais donné ? Partagez vos pépites en commentaire, on va en faire de l’excellent engrais ensemble !


2 réponses à “Mon enfant DYS est un bambou chinois : comment ‘composter’ les conseils non sollicités”
J’adoooooooore ton article, c’est tellement vrai ! Et ce, même quand on n’a pas d’enfants « dys ».
En plus, tu amènes une touche d’humour bienvenue sur un sujet délicat qui suscite chez les mamans colère, culpabilité, manque de confiance en soi…
Merci pour ta participation à cet événement !
C’est moi qui te remercie Ana pour m’avoir invitée à participer à ton événement. Au plaisir de lire les contributions des autres blogueuses et blogueurs.